L’artisanat textile disparaît-il ?

27 Jan

Nos grands-mères savaient tricoter, coudre et parfois même broder. Deux générations plus tard, qu’en est-il ? Le dernier siècle a été dur envers l’artisanat textile, au point de se demander si nous sommes en train de perdre les savoir-faire traditionnels de nos ancêtres…

mamanlatricoteuse.wordpress.com

Reportage: Daniel Blanchette Pelletier

Cliquez ici pour accéder à la version audio de la chronique (à partir de 17 minutes 25 secondes)

Coudre un bouton peut sembler une tâche impossible aujourd’hui. Même chose pour la fabrication d’une paire de bas en laine ou encore de pantoufles en phentex… Il y a à peine 50 ans, ces savoir-faire étaient pourtant très répandus.

« C’est un domaine qui est maitrisé par la population vieillissante et qui n’est pas beaucoup transmis », déplore Julie Tessier, du collectif Les RackModeuses. Avec trois autres femmes de l’Est du Québec, elle s’est lancée dans une coopérative de travail en valorisation textile, qui intègre une bibliothèque des savoir-faire. « On veut récupérer le plus d’informations possible qui touchent au domaine de la couture et des métiers textiles, ajoute-t-elle. Les gens auront accès aux informations sur demande ou par emprunt. »

Notre article sur le projet des Rackmodeuses est disponible ici

Les jeunes générations sont-elles moins intéressées par l’artisanat ?

passion-tricot.blogspot.com

Pour la présidente provinciale des Cercles de fermières, Louise Largarde, le problème que rencontre l’artisanat est plutôt l’industrialisation. « C’est plus vite d’aller acheter que de le faire soi-même, dit-elle. Ce qui est vraiment dommage aussi, c’est que les articles faits industriellement sont beaucoup moins cher que ce qui est fait à la main. C’est décourageant pour les artisans. »

D’après Louise Largarde, l’intérêt pour l’artisanat ne s’est toutefois pas estompé. « Les jeunes sont intéressés à apprendre et à faire, mais c’est le temps qui manque, explique-t-elle. C’est une des raisons qui peut expliquer la perte de certains savoir-faire. »

Cependant, elle n’est pas tout à fait d’accord pour parler de disparition, étant donné que ces savoir-faire artisanaux sont très présents au sein des Cercles de fermières. Il y est donc possible de les transmettre de génération en génération, parmi les membres. Elle n’écarte toutefois pas que certaines techniques spécialisées sont plus à risque de s’éteindre.

Le tissage ceinture de moine, vous connaissez ? Louise Lagarde explique

« Notre mission : transmettre le patrimoine artisanal »

Le Cercle de fermières lutte contre cette disparition des métiers d’artisanat. Il s’agit d’une association apolitique de femmes, dont le principal objectif est la transmission du patrimoine culturel et artisanal. L’organisme a beaucoup évolué depuis sa création, il y a maintenant 96 ans.

Cliquez ici pour entendre Louise Lagarde raconter l’histoire des Cercles de fermières du Québec

Au Québec, plus de 30 000 membres sont répartis dans 655 Cercles de fermières. Presque tous les villages et villes de la province possèdent leur cercle. Aujourd’hui, ceux des centres urbains sont les plus actifs, contrairement au passé, où les cercles étaient davantage fréquentés en région.

Les membres font évidemment des ateliers, localement. Il y également un grand concours d’artisanat organisé à travers la province.

Ce concours d’artisanat pique votre curiosité ? Louise Lagarde vous donne les détails ici

Les Cercles de fermières organisent également des activités dans les écoles. Ils ont aussi plusieurs publications; parfois des livres qui révèlent les secrets de certaines techniques ou encore un magazine, qui est publié cinq fois par année. Plusieurs techniques de tricot ou de tissage sont également expliquées sur leur site Internet, ce qui permet évidemment de rejoindre une clientèle plus jeune.

Qui fréquente les Cercles de fermières ?

La clientèle a beaucoup changé à travers les années. Malheureusement, les jeunes ne sont pas nombreux encore aujourd’hui, mais beaucoup d’efforts sont faits pour les attirer. « On essaie d’en recruter le plus possible, dit Louise Largarde. Les jeunes retraités demeurent toutefois notre moyenne d’âge. »

Les jeunes devraient se faire plus nombreux dans le futur, puisqu’il y a un véritable engouement pour le tricot. « Le tricot, est redevenu vraiment à la mode chez les jeunes, confirme-t-elle. Ils sont vraiment très intéressés. Et maintenant, on sent une remontée de la broderie. »

La broderie à la mode

Chanel - En haute couture, la broderie est entièrement faite à la main.

L’engouement pour la broderie se remarque aussi auprès des écoles. C’est le cas de l’école de broderie Lesage, à Paris, du nom de son célèbre fondateur François Lesage (décédé en décembre).

« Il y a beaucoup de relève, confirme la professeure Annie Penin. Des étudiants qui viennent du monde entier. En revanche, est-ce que le travail est là ? C’est un peu moins sur… Les ateliers de broderie ont beaucoup diminué depuis 30 ans et ils n’engagent plus autant. »

Cliquez ici pour entendre Annie Penin décrire l’art de la broderie

Le marché de l’emploi est effectivement l’ombre au tableau… Il est plus difficile de vivre de métiers d’artisanat. Malgré tout, les cours attirent les étudiants. Au Centre des textiles contemporains de Montréal, la directrice générale, Louise Lemieux-Bérubé remarque même une hausse dans les inscriptions. « Depuis trois ans, on doit faire deux groupes de première année, dit-elle. C’est une remonté qui nous donne beaucoup d’espoir pour le textile. On est dans de bonnes années ! »

Notre portrait de la formation textile est disponible ici

Il y a donc moins de gens qui pratiquent le tricot, la couture ou la broderie que par le passé… mais il y aura probablement toujours quelqu’un qui maîtrisera la technique !

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Une Réponse to “L’artisanat textile disparaît-il ?”

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  1. Annie Penin « La Passerelle - 22/02/2012

    […] aussi : Le maître de la broderie n’est plus | L’artisanat textile disparaît-il ? […]

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