Une maison de couture, après le décès de son fondateur

13 Fév

Travailler pour une grande marque est le rêve que partagent plusieurs designers. Ils sont des centaines, parfois, à travailler pour une même entreprise, sous la supervision d’un directeur artistique. C’est le cas notamment chez Chanel, Dior, Burberry ou encore Balenciaga. Toutes des maisons de couture qui ont survécu au décès de leur fondateur, mais qui sont encore prospères de nos jours.

Karl Lagerfeld est le directeur artistique chez Chanel

Reportage: Daniel Blanchette Pelletier

Cliquez ici pour accéder à la version audio de la chronique (à partir de 17 minutes 45 secondes)

Chanel à Karl Lagerfeld, Dior avait John Galliano, Alexander McQueen a maintenant Sarah Burton… (et ainsi de suite).

Ce sont des maisons de couture qui sont renommées et qui sont évidemment associées au nom de leur fondateur. Elles sont également associées au directeur artistique qui gère la création aujourd’hui. Mais, dernière lui, il y a aussi toute une équipe de création qui dessine les collections, que ce soit pour les vêtements ou les accessoires.

« Le directeur artistique donne la ligne directrice, la première ligne de recherche, explique la professeure à l’École supérieure de mode de Montréal, Maryla Sobek. Il travaille également avec une équipe pour choisir les matières et les couleurs. C’est par la suite qu’il délègue à une autre équipe, qui est dans les studios, pour dessiner. Chaque dessinateur est attitré à certaines pièces. »

Maryla Sobek a travaillé pour la maison Balenciaga, au même moment où elle rouvrait ses portes en 1987. Cristobal Balenciaga avait mis fin à sa création en 1968, pour décéder quelque temps plus tard, en 1972.

Cliquez ici pour entendre Maryla Sobek au sujet de la réouverture de la maison Balenciaga

Plusieurs griffes ne survivent pas au décès de leur créateur. D’autres cessent au moment où leur fondateur prend sa retraite. Les maisons qui ont eu beaucoup de succès, comme c’est le cas de Balenciaga, revivent parfois. Cependant, le défi est de trouver un directeur artistique qui sera en mesure de conserver l’essence de la marque, tout en introduisant de la nouveauté, sans la trahir.

Le choix n’est pas facile. Dans le cas de Balenciaga, Michel Goma, un Français, a été choisi. Il disait toutefois avoir des origines espagnoles, comme Balenciaga. « Un des premiers critères [pour le choix d’un directeur artistique], au delà du talent, est peut être cette idée que quelqu’un qui a la même origine peut continuer à valoriser la valeur d’une maison de couture », propose Maryla Sobek. Ce serait donc une des raisons pourquoi Michel Goma a été sélectionné.

Balenciaga renaît

Michel Goma avaient de grandes pointures à chausser, comme c’est le cas pour tout nouveau directeur artistique qui entre en fonction dans une maison de couture. « La marche est haute pour tous les nouveaux directeurs artistiques, confirme la professeure à l’École supérieure de mode de Montréal, Bernadette Rey. Ils doivent démontrer, par leurs savoirs et leurs connaissances de l’histoire et de la démarche créative de la maison pour laquelle ils sont engagés, qu’ils sont capables de respecter les valeurs de la maison, mais également de la renouveler. Il faut être très innovateur. »

« Le mécanisme de la création de mode exige de créer du nouveau sur de l’ancien, ajoute-t-elle. Et il faut tout de même conserver certains éléments, comme les couleurs ou les formes, mais il faut aussi rajeunir la marque, la rendre dynamique, sans la détruire. »

Intégrer de la nouveauté sans trahir l’essence d’une griffe

La gardenia, cette petite fleur blanche, est la signature retrouvée à l’intérieur des vêtements confectionnés chez Balenciaga

Maryla Sobek termine ses études à Paris, en 1987. C’est à ce moment qu’elle est embauchée chez Balenciaga, avec six autres jeunes créateurs,

« Le travail de Michel Goma était une continuité du travail de Balenciaga au niveau de la forme des vêtements et des tombés, dit-elle. Michel Goma avait un côté très classique, tout en étant assez élégant pour répondre aux attentes d’éventuelles clientes… des femmes comme Marlene Dietrich ou Grace de Monaco, qui étaient les clientes de Balenciaga à l’époque. »

Il faut aussi intégrer de la nouveauté, parce que simplement représenter ce qui a déjà été confectionné dans le passé apporte difficilement le succès. Selon Maryla Sobek, les nouveaux textiles le permettent notamment. « Michel Goma a réussi avec brio grâce à des vêtements beaucoup plus modernes au niveau des proportions et des fonctionnalités », poursuit-elle.

Chez Balenciaga, Maryla Sobek dessinait des accessoires, surtout des sacs à main. Elle avait beaucoup de liberté, sauf pour les matières qui lui étaient imposées et malgré les quelques balises qui lui étaient données. Par la suite, Michel Goma, quotidiennement, jetait un œil sur ses dessins pour retenir ceux qui préféraient.

Cliquez ici pour entendre Maryla Sobek décrire une journée de travail typique

« À l’époque, on nous avait demandé d’aller au delà des formes classiques, de proposer beaucoup de nouveauté, d’être provocateur, même parfois au niveau des conceptions de vêtements, se rappelle-t-elle. Certains sacs que je trouvais élégants, qui étaient plus classiques, étaient les premiers à être mis de côté. Les dessins les plus excentriques étaient plus souvent réalisés en usine. »

La maison Balenciaga est aujourd’hui sous la direction artistique de Nicolas Ghesquière.

La pression qui repose sur le directeur artistique est énorme

Le directeur artistique a la mission d’entretenir une légende disparue. Lorsqu’il présente ses premières collections, la pression est énorme, parce qu’il vise le succès.

Cette pression est aussi rencontrée chez les vedettes montantes, comme Alexander McQueen, qui s’est suicidé en 2010. C’est aussi cette pression, qui, selon plusieurs, à causé la perte de John Galliano, récemment renvoyé de Dior pour propos antisémites.

Cliquez ici pour consulter notre dossier sur la saga John Galliano

« Quand un créateur travaille pour un grand groupe, la pression est énorme, confirme le rédacteur en chef du magazine Dress to Kill, Stéphane Le Duc. Le talent du créateur est autant utilisé que sa personnalité. Au début de carrière, ils sont prêts à tout. Ils veulent développer leur carrière, ce qui leur donne une assurance qui vient un peu de l’inconscience. »

Au fur que la carrière progression et lorsque le succès est au rendez-vous, cette pression s’intensifie. « Quand on avance dans une carrière, on est conscient des attentes des gens, que la barre est toujours plus haute, ajoute-t-il. C’est une pression énorme, quand on sait qu’il y a une équipe qui travaille et dépend aussi de nous. »

Le portrait au Québec

Ici, il existe peu d’exemples de maisons de couture qui sont aujourd’hui centenaires ou qui ont survécu au décès de leur fondateur et qui sont dirigés par un directeur artistique. Il s’agit plutôt de modèles d’entreprises récents, où il peut toutefois y avoir une grande équipe de designers qui travaille.

La designer québécoise Marie Saint Pierre s’est toutefois donnée l’objectif que sa maison survive à son départ. « On veut construire une maison qui reste, peut-être à nos enfants ou qui que ce soit, confie la sœur et partenaire d’affaires de Marie Saint Pierre, Danielle Charest. Ça fait déjà 23 ans. Il n’y a pas beaucoup de designers au Québec, même au Canada, qui, par le financement de leur propres opérations, ont réussi à faire ça. »

Cliquez ici pour écouter notre portrait de Marie Saint Pierre

Évidemment, Marie Saint Pierre a encore beaucoup d’années devant elle… avant de peut-être devenir la première maison de couture au Québec à survivre au départ de son fondateur.

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