La contrefaçon: portrait d’une industrie

5 Mar

L’industrie de la mode et du vêtement est fortement touchée par la contrefaçon. Les imitations de produits de grandes marques, vendues à faible coût, courent les ruelles de Paris ou de Rome ou s’entassent dans des arrières boutiques de New York.

Reportage: Daniel Blanchette Pelletier

Cliquez ici pour accéder à la version audio de la chronique (à partir de 20 minutes 15 secondes)

L’industrie de la mode est très peu protégée par les droits d’auteurs. Il est donc très simple de copier un modèle de design, sans se faire taper sur les doigts. Cependant, la marque de commerce, elle, est bien protégée. Une contrefaçon est donc la copie conforme d’un produit, incluant la reproduction non autorisée d’une marque de commerce.

La copie conforme ne l’est toutefois qu’en apparence, puisque la qualité n’est jamais au rendez-vous dans un produit de contrefaçon.

La mode sort ses griffes: notre dossier sur les droits d’auteurs en mode

La contrefaçon touche tous les domaines, quoique c’est dans l’industrie de la mode et du vêtement qu’il est le plus simple et le plus rentable de commercialiser de la copie. « L’industrie de la mode et du vêtement est une industrie qui est facilement contrefaisable, concède le professeur à l’École supérieure de mode de Montréal, Serge Carrier. Copier un modèle de blouse ou de chemise avec un tissu similaire et des boutons similaires ne demande pas une technologie complexe. »

La mode et la contrefaçon

En mode, la contrefaçon est partout, autant pour des accessoires, des vêtements, des souliers, des bijoux, des parfums que des cosmétiques. Des copies conformes sont présentes sur le marché, quoique les fortes inspirations sont plus abondantes. Il s’agit de copies de design, qui sont très semblables, mais dont la marque de commerce diffère (Plada, par exemple, ou Chanelle, etc).

Ce stratagème complexifie la lutte à la contrefaçon. « Il est facile de copier en faisant quelques modifications, pour ensuite dire que ce n’est pas une contrefaçon, que ce n’est qu’un autre produit très similaire, ajoute Serge Carrier. C’est une justification d’ordre légale. » Il devient donc compliqué de porter des accusations.

Serge Carrier ajoute également un troisième type de contrefaçon, qui se répand dans l’industrie. « Il y a tout simplement des surproductions qui se retrouvent sur le marché, dit-il. Une fois qu’une entreprise a acquis une licence en sous-traitance, par exemple, parce que Yves Saint Laurent la lui a vendu pour fabriquer pour eux des sacs, qu’est-ce qui l’empêche d’en fabriquer 10 000 pour ne leur en vendre que 5 000, tel que demandé ? De son côté, l’entreprise peut ensuite vendre les 5 000 en surproduction à 50 ou 100 $. »

Ce sont donc de vrais produits qui sont vendus, mais dont l’autorisation de vente n’a pas été donnée et dont les profits ne vont pas à l’entreprise à qui appartient vraiment le produit.

Chiffrer l’industrie de la contrefaçon

L’industrie de la contrefaçon est constamment en croissance. Certains experts estiment que la contrefaçon progresse de 20% chaque année. Les chiffres, qui sont difficiles à vérifier, seraient donc passés de 5,5 milliards de dollars américains en 1982 à 500 milliards en 2005.

« Il y au une augmentation des montants en question, mais en parallèle, il y aussi une augmentation des interventions des États, affirme Serge Carrier. Les États émettent de plus en plus de lois contre la contrefaçon. Aux Etats-Unis, par exemple, de plus en plus de produits sont saisis aux douanes. »

Les conséquences pour l’industrie

Les pertes de revenus sont énormes pour les entreprises victimes de la contrefaçon. Les gouvernements aussi sont affectés, puisqu’ils ne perçoivent pas de taxes sur les produits contrefaits, qui sont vendus sur le marché noir.

Mais au-delà de l’aspect financier, il y aussi un impact sur la marque. Que signifie maintenant avoir un sac Chanel ou Louis Vuitton, si la moitié de ceux observés dans la rue sont issus de la contrefaçon ? La valeur et le prestige de la marque diminuent.

De 1000$ à 10$

Les produits qui sont contrefaits ont, à la base, une grande valeur, alors que leurs copies se vendent à petits prix. Comment est-ce possible ?

D’abord, ce sont des produits sur lesquels il y a, dès le départ, une grande marge de profit, qui peut être très bien être associée à la réputation de la marque. Une portion du prix est aussi associée à la recherche et au développement, à la publicité, aux matières premières de grande qualité ou encore à la main d’œuvre bien payée.

Cette qualité et ces dépenses ne se retrouvent pas dans les produits contrefaits. « On peut facilement copier un cuir de bonne qualité, avec une cuirette ou un plastique, explique Serge Carrier. Au premier coup d’œil, le produit ressemble à l’original, alors qu’il n’a coûté presque rien à faire. Les contrefaiseurs coupent les coûts sur les matières premières et sur les dépenses de création d’image et de recherche. »

Le marché de la contrefaçon

apoc.e-monsite.com

Avec la mondialisation, le marché de la contrefaçon est global. Par contre, la production se ferait surtout en Chine, là où la main d’œuvre est très abordable. « On estime qu’à peu près 80% des produits contrefaits proviennent de Chine, confirme Serge Carrier. Quant au marché, c’est un peu partout à travers le monde, en Chine, aussi bien qu’en Europe et qu’aux Etats-Unis. » Les producteurs vendent à des distributeurs à travers le monde, qui eux approvisionnent les vendeurs de rue et les boutiques.

Quant aux acheteurs de ce marché, c’est monsieur et madame tout le monde, à travers la planète. Il suffit simplement de voyager dans les grandes capitales pour être sollicité par la contrefaçon. Les jeunes en sont souvent les premières victimes, puisqu’ils sont attirés par les grandes marques, sans avoir les sous pour se les procurer.

Malheureusement, si la contrefaçon progresse autant, c’est parce que la demande est là et qu’elle est en croissance elle-aussi.

À l’émission du 6 mars 2012: Comment freiner l’industrie de la contrefaçon ? Est-ce possible ?
Cliquez ici pour écouter…

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3 Réponses to “La contrefaçon: portrait d’une industrie”

  1. Rebecca 06/03/2012 à 8:25 #

    Les jeunes ne sont pas les victimes, les marques copiées le sont.

    • lapasserellemontreal 06/03/2012 à 8:40 #

      Tout à fait! C’était peut-être mal formulé de notre part…

      Les jeunes sont souvent les premiers qui mordent à l’hameçon de la contrefaçon, c’est ce qu’on voulait dire!

Trackbacks/Pingbacks

  1. La contrefaçon: comment l’arrêter ? « La Passerelle - 07/03/2012

    […] La première partie de notre dossier : La contrefaçon, portrait d’une industrie […]

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